Dramaturgie ! : le podcast qui tend le micro aux auteurs de théâtre contemporains

Avec « Dramaturgie ! », L.-J. Wagner comble un vide : rares sont les médias qui donnent aujourd’hui la parole aux auteurs de théâtre contemporains. Rencontre avec un passionné de mots qui avance à force de curiosité, de passion et d’obstination.
Certains collectionnent les livres, d’autres les rencontres. Julien les transforme en conversations. Journaliste de formation, auteur dramatique, attaché de presse dans le spectacle vivant, il vient d’ajouter une nouvelle corde à son arc avec Dramaturgie !, un podcast consacré aux auteurs de théâtre contemporains. Un projet lancé à titre d’essai, sans certitude que l’aventure tiendrait le choc, avec des moyens modestes, beaucoup de curiosité et une conviction simple : les écrivains de théâtre méritent davantage d’espace médiatique.
Tous les quinze jours, il tend ainsi son micro à celles et ceux qui écrivent pour la scène. Un travail artisanal qu’il mène de bout en bout : recherche documentaire, préparation des questions, enregistrement, montage, réalisation des visuels et diffusion. Une aventure menée en autodidacte, fidèle à sa manière d’avancer : apprendre en faisant.
Le succès est encore celui d’une niche, mais les premiers résultats sont encourageants. Parmi les épisodes les plus écoutés figurent déjà Jean-Philippe Daguerre, Amanda Sthers, Alexis Michalik et Léonore Confino. Quatre voix très différentes qui dessinent déjà une cartographie sensible de la création théâtrale contemporaine.
Jusqu’au nom de son podcast, Dramaturgie !, tout est pensé dans cet esprit. Le point d’exclamation ? Une affirmation, dit-il, un goût pour jouer avec la ponctuation. Mais c’est peut-être l’image du brigadier qui lui va le mieux : ce dernier coup frappé dans les coulisses, juste avant que le rideau ne se lève. Une façon de dire que cela commence, que cela compte et que cela mérite l’attention.
Comme souvent dans les projets passionnés, les débuts n’ont pas été exempts de péripéties. Lors du tout premier enregistrement, le matériel refuse tout simplement de fonctionner. Face à un invité déjà installé et au temps compté, Julien improvise avec son téléphone portable avant de reconstituer ensuite patiemment certaines parties au montage. Une entrée en matière mouvementée dont l’auditeur ne soupçonne rien aujourd’hui, mais qui résume assez bien l’état d’esprit de son créateur : ne jamais renoncer quand une bonne histoire mérite d’être racontée.
Cette fidélité au monde du théâtre se retrouve jusque dans le nom de son bureau de presse : Hop-Frog. Les amateurs d’Edgar Allan Poe reconnaîtront le titre d’une de ses nouvelles les plus singulières. Hop-Frog y est un bouffon de cour, personnage marginal, observateur et rusé, qui finit par reprendre le pouvoir sur ceux qui le méprisent. Julien en retient surtout l’image d’une petite grenouille capable de bonds inattendus et toujours plus hauts. Une métaphore qui lui ressemble : discrète, littéraire et pleine d’élan.
Car derrière la diversité de ses activités, un même fil relie tout son parcours : le goût des textes, de la scène et de la parole. Qu’il écrive une pièce, accompagne un spectacle ou interroge un auteur, il reste animé par la même fascination pour ceux qui donnent vie aux mots. Et lorsqu’on lui demande quel invité il rêverait encore d’accueillir à son micro, la réponse fuse sans hésitation : Joël Pommerat. Preuve que l’aventure ne fait peut-être que commencer.
Comment te définis-tu ?
L.- J. Wagner : Un auteur en cours et en devenir.
C’est quoi ton activité ?
L.- J. Wagner : J’ai de multiples casquettes : journaliste, attaché de presse pour le spectacle vivant, auteur (théâtre et romans), comédien parfois et depuis peu, podcasteur.
Fais-nous le pitch !
L.- J. Wagner : Concernant mon podcast « Dramaturgie ! », il s’agit de mettre en avant l’écriture théâtrale, parent pauvre et oublié de la littérature, en interviewant les auteurs et autrices qui font le théâtre d’aujourd’hui, les interroger sur leurs méthodes d’écriture, leurs inspirations, doutes et déclics, les difficultés que cela peut engendrer et des conseils qu’ils et elles pourraient donner à d’autres auteurs qui n’osent pas encore se lancer.
Le déclic ? L’origine de cette orientation ? Depuis quand ?
L.- J. Wagner : N’ayant pas trouvé ou alors en ayant mal cherché, de podcasts ou interviews liées exclusivement à l’écriture théâtrale, j’ai donc voulu me lancer, tout en ne sachant pas si cela prendrait ou non. Cela date de ce printemps 2026 et depuis, j’ai déjà enregistré une dizaine d’entretiens.
Ton lieu de travail ?
L.- J. Wagner : Pour la conception des questions et le montage, chez moi. L’enregistrement a lieu en général soit chez les auteurs qui veulent bien me recevoir, soit dans un théâtre.
Une première création emblématique ?
L.- J. Wagner : Là, ce serait plutôt ma casquette d’auteur : le roman « Gangrène, une histoire d’amour » et la pièce « Odieux festin ! » tous deux parus aux éditions Les Souffles littéraires à quelques mois d’écart.
Ce qui t’inspire au quotidien ?
L.- J. Wagner : Tout est propice à la création. Que ce soit voir des gens qui passent dans la rue, un film que l’on a vu, un cauchemar que l’on a fait.
Ton défi ?
L.- J. Wagner : Parvenir à monter enfin un ambitieux projet de pièce de théâtre. C’est en cours.
Une femme / un homme exemplaire dans ton panthéon personnel ?
L.- J. Wagner : Ce n’est pas un dramaturge, mais je citerais Émile Zola qui m’a donné foi en la lecture. Dès que j’ai un coup de spleen, je me réfugie dans un « Rougon-Macquart » et j’ai l’impression de me sentir en terrain connu, enveloppé par une écriture parfaite à mes yeux.
Un mantra ? Ou Un cri de victoire ?
L.- J. Wagner : « Ce qui ne se fait pas,ne devait pas se faire ».
Un rituel avant de démarrer ta journée ?
L.- J. Wagner : Aucun, surtout aucun. Quelle horreur !
Un QG inspirant à Paris ou ailleurs où l’on peut te croiser ?
L.- J. Wagner : Étant très casanier, je n’en vois pas particulièrement. Cela dit, j’aime le décor du Café de l’Industrie où il m’arrive de dîner de temps à autre. Mais Paris est une inspiration à elle seule. J’en suis tombé amoureux sans jamais m’en lasser.
À écouter : le podcast de Julien Wagner pour amoureux de théâtre, « Dramaturgie ! » ou à le suivra via son compte Instagram.