Écouter Sylvie Germain lire « Murmuration »

Écouter Murmuration, le nouveau roman de Sylvain Germain paru chez Albin Michel (janvier 2026), fut avant tout une expérience, celle du livre audio. J’inaugure en effet cette pratique, car le seul livre audio que j’avais écouté jusqu’à présent était le roman récompensé par le Goncourt, Veiller sur elle de Jean-Baptiste André, via la plateforme Prose dont j’avais interviewé le fondateur, Charles-André Touré.

Mais écouter le roman lu par son autrice, est une expérience encore plus singulière. C’est comme si on entrait dans un souffle, suivant le mouvement de l’écriture et de sa musique aussi. Je me suis laissée porter par le flux et reflux presque hypnotique, du récit des derniers instants de Samuel Nart — un écrivain en friche, tout entier voué à ses manuscrits et à sa passion des mots. On visite sa vie, telle une mise en abîme. C’est comme si à son tour, il se faisait personnage, figure de antihéros.

Parce que la voix qui porte le texte est celle de Sylvie Germain, pour les Éditions des femmes-Antoinette Fouque, dont Francesca Isidori est la directrice artistique, l’expérience me semble encore plus forte. Car ce n’est pas une interprétation — c’est une confidence. L’autrice donne voix à son personnage avec une intimité incomparable. Elle n’impose rien, elle laisse affleurer. Et c’est là, sans doute, que le livre audio prend tout son sens : dans cette manière de faire émerger le texte autrement, par le rythme, par la respiration.

Ce récit avance par fragments : une mémoire éclatée, des souvenirs qui s’emboîtent. Et puis il y a – comme chez Proust – un tout petit détail qui renvoie à la réalité matérielle, en l’occurrence ici de la vie domestique. Ainsi l’on suit le destin parallèle modeste telle une métaphore filé, de cette boîte en fer blanc — réservoir d’enfance, métonymie d’une vie, et qui se retrouve à accueillir comme un dernier trésor, les tartines et le pot de miel de Samuel, devenu ce vieil homme qui n’est que l’ombre de lui même. Avec sur son couvercle, cette reproduction du Pierrot de Watteau, qui se devine à peine, figure mélancolique, effacée, délavée par les ans.

À mesure que l’écoute progresse, les voix se mêlent et surgissent quasi fantômatiques. Celles des femmes aimées — Elsa notamment — comme des échos intérieurs, presque des acouphènes de mémoire. La frontière entre réalité et fiction devient poreuse. Et lorsqu’apparaît à la toute fin, la figure du djinn, hallucination ou présence, le trouble s’installe durablement. Samuel perd pied. 

Dans Murmuration, il y a une forme de désespoir tranquille, existentiel. Récit de vie, de fin de vie aussi, ce roman sur la perte et en même temps la création, invite à savourer plus que jamais le bonheur de la littérature. Comme Sylvie Germain l’écrit :

« Le temps semblait inépuisable de désœuvrement… Chaque jour compte, chaque nuit coûte. »

Durée : 4 h 00 – 20 euros.

Pour en savoir plus sur les coulisses de la « Bibliothèque des voix » aux éditions des femmes-Antoinette Fouque, lire mon interview avec Francesca Isidori sur le site Audiens.

Pour retrouver tous les titres de la Bibliothèque des voix, c’est ici.

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