Coup de coeur lecture d’été : « Le murmure des bagages », d’Élisabeth Rivoire (Ginkgo)

Vive les vacances, le temps du vide. Ce mot est issu du latin vacare* Pour cette chronique estivale, j’ai choisi un livre au titre à la fois évocateur et de circonstance : Le murmure des bagages d’Élisabeth Rivoire (Ginkgo éditeur, avril 2026).

Peut-être profiterez-vous de cette pause pour faire le plein de livres dans vos bagages ? À moins que vous n’ayez cédé au livre audio, comme les 16 %** des 15-80 ans qui en écoutent chaque année, ou que, comme 48 % d’entre nous, vous préfériez lire sur votre smartphone. Ni la liseuse ni la tablette n’ont réussi à me séduire. Alors, quitte à alourdir sacs et valises, je reste une inconditionnelle du livre papier.

Pour seulement 12 € et moins de 150 pages, Élisabeth Rivoire nous offre une immersion insolite de l’Antiquité à nos jours, sur le thème du bagage. Cette agrégée de lettres a non seulement été en poste de nombreuses années à l’étranger, mais elle est avant tout une véritable globe-trotteuse. Elle manie la langue française avec une érudition maîtrisée, enrichie de ses talents d’observatrice curieuse.

L’idée de cet ouvrage est partie d’un constat : dans la littérature de voyage, comme elle s’en explique dans l’introduction, il n’est jamais question du bagage. Qu’à cela ne tienne, elle a relevé le défi d’explorer ce sujet. Elle n’a ni la prétention à l’exhaustivité d’une approche historique, ni l’ambition d’établir un guide de conseils pratiques à la manière d’un coach valise, ni celle d’une anthologie littéraire. En cela, son livre à la fois documenté et personnel est inclassable. Elle prend le parti de dérouler, dans un désordre subtilement organisé, une réflexion sur le bagage. Ainsi, elle navigue entre références littéraires et philosophiques, puisant également dans ses souvenirs de voyages.

Comprendre ce que recouvre le thème du bagage nous ramène aux fondamentaux de l’espèce humaine, à son inextinguible besoin d’être en mouvement et de découvrir le monde. Ne faut-il pas commencer, en effet, par faire le distinguo entre le bagage matériel et celui d’ordre spirituel ? « Le philosophe », « Voyageurs sans bagages », « Volontairement s’encombrer », « L’intense présent du sujet », « L’art du bagage », « L’imaginaire du sujet » : ce petit aperçu des titres de ses courts chapitres devrait vous donner envie de plonger sans hésiter dans cette radioscopie de l’homo viator

Depuis l’aumônière médiévale jusqu’aux malles du XIXe siècle que l’on peut trouver dans certains musées, nous avons adopté d’autres codes nomades, avec toujours plus de technologie pour alléger encore et toujours les matières choisies : vive le sac à dos ergonomique et la valise à roulettes ! De toute cette panoplie, il sera évidemment question, et souvent avec humour. Ainsi, en auscultant à la loupe le bagage sous toutes ses facettes, d’hier à aujourd’hui, souvent trop lourd, car toujours trop plein, Élisabeth Rivoire nous renvoie un miroir grossissant de ce qu’il dit de nous, de ce qu’il révèle de nos peurs, de nos manques…

Je n’oserais dire qu’il faudrait idéalement faire cette lecture la veille de votre départ en vacances : votre valise en serait certainement allégée, à l’instar des conseils toujours pérennes que l’on peut lire dans les Lettres à Lucilius de Sénèque, dont elle cite plusieurs extraits : « Mon voyage m’a appris combien nous possédons de choses superflues, et combien il nous serait facile de nous passer de toutes ces choses. »

Reste à savoir ce que vous choisirez d’emporter — et ce que vous accepterez, peut-être, de laisser derrière vous.

Élisabeth Rivoire, Le murmure des bagages, Ginkgo éditeur, avril 2026, 12 €.


* Pour le plaisir, je vous renvoie à ce podcast de l’Institut de France.

**Estimation CNL/Ipsos 2025.

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